Романские языки | Филологический аспект №1 (9) Январь, 2016

Дата публикации 16.01.2016

MODELES EXPERIMENTAUX DE L’ANALYSE DU DISCOURS

Saladounikava Tatyana Vladimirovna
Université d’Etat du Bélarus, Minsk

Аннотация: L’analyse du discours ne cesse pas d’intéresser des chercheurs tavaillant dans les domaines et pays divers. De nombreuses influences disciplinaires de l’analyse du discours aussi que des méthodes de cette analyse se multiplient et s’entrelacent. Cet article constitue une esquisse de l’étude expérimentale effectuée dans le cadre de la thèse de doctorat sur la sémantique et la pragmatique de la toponymie française. Nous montrons ainsi que l’approche utilisée dans notre étude constitue une avenue intéressante car elle s’enracine dans les données, ce qui permet au chercheur de mettre le discours au centre de sa démarche. Sur l’exemple de cette étude nous proposons l’expérience linguistique en tant qu’un outil efficace de l’obtention de nouvelles connaissances sur les représentations sociales incluses dans les unités toponymiques.
Ключевые слова: analyse du discours, expérience, degrès de notoriété, fréquence, toponyme

EXPERIMENTAL MODELS OF DISCOURSE ANALYSIS

Saladounikava Tatyana Vladimirovna
Belarusian State University, Minsk

Abstract: The discourse analysis does not cease interesting researchers working in various domains and countries. Many disciplinary influence of the discourse analysis as the methods of this analysis multiply and intertwine. This article is an outline of the experimental study in the doctoral thesis frame on the semantics and pragmatics of French place names. We show that the approach used in this study constitutes an interesting avenue because it takes root in data, what allows to the researcher to put speech in the centre of his analysis. On the example of this study we offer linguistic experience as an efficient tool of the getting of new knowledge on the social representations included in toponymic units.
Keywords: discourse analysis, experience, degrès of notability, frequency, toponym

1. Introduction
Cet article a pour objectif de présenter les résultats d’une recherche expérimentale de l’analyse du discours, menée en 2011-2013 en France, y compris au sein de l’unité mixte de recherche 8163 « Savoirs, Textes, Language » (Université de Lille 1) et dont les résultats ont été annoncés lors de la soutenance de thèse de doctorat « Toponymie française : aspects sémantique et pragmatique » au Bélarus à Minsk. Selon M. Angenot, l’analyse du discours c’est un « lieu obscur, mal délimité, qui ne recèle pas le Trésor caché d’une grande Méthodologie transdisciplinaire, mais où converge cependant un immense potentiel de notions et d’approches » [1, p. 7]. Les objectifs de cette recherche étaient les suivants :
– déterminer le degrès de notorieté et la fréquence de l’emploi dans le discours des Français des locutions imagées avec un toponyme ;
– vérifier les données obtenues à l’aide de l’enquête auprès d’un groupe d’experts dans le domaine des sciences humaines et sociales ;
– créer un ouvrage franco-russe expliquant des locutions imagées avec un toponyme.
A notre avis, le paramètre comme « degrès de notorieté » joue un rôle crucial dans la communication interculturelle puisqu’il conditionne l’efficacité de la communication même, la compréhension entre les communicants. Jouant un rôle moteur qui dépasse les limites purement linguistiques, ce paramètre permet de repérer les nuances dans le fonctionnement des représentations sociales, cachées derrière un toponyme.
2. Cadre théorique
Les premiers à utiliser l’expérience en tant qu’outil d’obtention de nouvelles connaissances dans l’étude du discours ont été les chercheurs allemands A. Thumb et K. Marbe [2]. A l’origine, l’expérience était surtout utilisée pour étudier les processus psychiques, notamment ceux de généralisation ou de reproduction. Peu après, elle a été utilisée en linguistique pour étudier la sémantique, car la question se posait de savoir ce qui dans les expériences était dû aux facteurs psychiques et ce qui était lié à la langue.
Ces recherches expérimentales ont ammené à la création de toute une série d’ouvrages portant sur les résultats des normes associatives. Le premier dictionnaire d’associations verbales a été publié G.H. Kent et A.J. Rosanoff en 1910 [3]. Par la suite, d’autres études ont été entreprises aux Etats-Unis, par exemple W. A. Russel et J. J. Jenkins [4]. Un ouvrage collectif dirigé par L. Postman réunit tous les travaux connus à l’époque sur les normes associatives de l’anglais, du français et de l’allemand (1970). Les premiers travaux russes d’études des normes associatives se sont concrétisées par un premier dictionnaire des normes associatives du russe en 1977 sous la rédaction de A. Leontyev.
A partir des années 1990 l’école de psycholinguistique de Moscou a commencé à élaborer une nouvelle base théorique pour les études d’ethnopsycholinguistique, centrées sur l’analyse de la particularité de la conscience linguistique spécifique d’une culture nationale donnée. L’idée que l’incompréhension dans la communication interculturelle est due à la différence des consciences nationales des acteurs de la communication est servie de pierre d’achoppement. La recherche de nouvelles voies de travail a amené les spécialistes à la conception de l’ontologie interculturelle de l’analyse des consciences nationales (ethniques), quand les images de la conscience d’une culture nationale sont analysées en comparaison avec celles d’une autre culture. Il a fallu pour cela mettre au point une méthodologie adéquate pour ce type d’analyse contrastive, dans laquelle la langue et la culture sont considérées comme des formes d’existence de la conscience sociale, où se retrouvent l’image de soi (celle de son propre peuple) et l’image de l’autre.
La linguistique contemporaine connait des procédures d’analyse scientifique de la conscience linguistique matérialisée dans les unités de la langues (les mots). Cet ensemble de notions permet de décrire d’une manière très détaillée et différenciée les significations grammaticales, lexicales, stylistiques, occasionnelles, archaïques des lexèmes. Cependant les linguistes ont toujours senti le besoin d’une description plus globale du contenu du mot, basé sur le fonctionnement réel d’un lexème ou d’une unité lexicale dans le discours.
Les analystes du discours qui effectuent leurs travaux en suivant une démarche méthodologique qualitative ont souvent également recours aux méthodes quantitatives, notamment vu les analyses statistiques et les échantillonnages quantitatifs requis par certaines études. Mais si l’étude quantitative du discours a du sens en soi, il s’agit selon P. Charaudeau d’un « sens provisoire devant être confirmé, corrigé, voire contredit, et en tout cas étendu et approfondi par l’analyse qualitative » [5, p. 84].
L’approche théorique de cette étude se base notamment sur les travaux et les ouvrages de A. Weil-Barais [6], J. Désautels et M. Larochelle [7], C. Flament [8], L. Negura [9], P. Moliner et J.-C. Deschamps [10]. Egalement la recherche effectuée a été inspirée par les études des chercheurs russes comme L. Scherba [11], A. Zalevskaya [12], A. Tchernobrov [13].
3. Méthodologie de l’expérience
L’inconscient collectif d’une société peut être étudié au moyen d’enquêtes sociologiques. Cependant, dans ce cas, on fixe la métaconscience, c’est-à-dire le jugement que portent les sujets de l’expérience sur leur conscience ethnique. L’un des moyens de mise en évidence de la conscience linguistique c’est de s’adresser au discours des locuteurs natifs.
Ainsi dans notre expérience ont pris part des locuteurs natifs français pour qui le français est une langue maternelle. Durant l’expérience aussi que le traîtement de ses résultats les critères suivants ont été pris en considération :
1) l’âge ;
2) le niveau et la spécialisation de la formation ;
3) le poste occupé / le travail effectué au moment de la réalisation l’expérience ;
4) le lieu d’habitation au moment de la réalisation l’expérience.
Tous les participants à l’expérience ont obtenu un questionnaire qui incluait des locutions imagées avec un toponyme (environ 300 unités) comme par exemple : Si Paris était plus petit, on le mettrait dans un baril, Vendre des coquilles à ceux qui viennent de Saint-Michel, Ça ne sent pas le papier d’Arménie!, Etre le marquis d’Argencourt, c’est Eldorado ! c’est Byzance ! c’est Bérézina ! etc.
Comme on peut remarquer, ce sont des locutions de nature très différentes, mais le noyau imagé de chacune d’elles est formé par un toponyme et c’est bien ce fait qui est dans le focus de notre étude.
Les participants devaient indiquer s’ils connaissent ou pas une telle ou telle expression, si oui, marquer s’ils l’emploient souvent ou pas, donner des précisions sur la signification actuelle.
Le nombre de participants a été fixé à 60 personnes vu l’homogénéité des résultats obtenus après le traîtement des premières enquêtes.
Après avoir traîté toutes les enquêtes, réalisées auprès des Français « types », nous avons pris la décision de nous adresser à un groupe d’experts afin de confirmer ou refuter les résultats reçus. Le rôle des experts a été joué par les membres de l’unité mixte de recherche 8163 « Savoirs, Textes, Language » (Université de Lille 1), spécialistes dans le domaines des sciences humaines et sociales.
4. Résultats de l’expérience
Selon les réponses des personnes interrogées, les expressions fondées sur un jeu des mots, un calembour, dont à la base il y a un toponyme imaginaire (Argencourt, Crevant), ou réel (Bavière, Cornouaille, Cracovie) sont peu connues y compris dans le groupe des experts, même si la signification de ces expressions est transparente : aller à Dormillon, aller à Montretout, aller / battre à Niort, prendre le chemin de Niort etc. Quand même les expressions marquées comme connues de ce type sont : Eldorado, Pétaouchnok, pays de Cocagne, mat de Cocagne, au diable Vauvert, aller jusqu’à Tataouine, vie de Cocagne.
Parmi les proverbes avec un toponyme les plus connus et les plus utilisés (de 90 à 65% des participants) sont : Tous les chemins mènent à Rome, Rome / Paris ne s’est pas fait en un jour, avec des si, on mettrait Paris en bouteille, Paris appartient à ceux qui se lèvent tôt . Il est à noter que le nombre des personnes indiquant connaître une telle ou telle expression est beaucoup supérieure à celui des personnes qui l’utilisent indifféremment à l’âge, à la formation et au lieu d’habitation. Le degrès de notoriété des proverbes avec un toponyme local comme par exemple Abbans, Armançon, Saint-Malo, Coutances est conditionné géographiquement : les gens habitant ce lieu en question ou ayant jamais habité là-bas ou à proximité connaissent une telle ou telle expression.
Parmi les citations avec un toponyme incluses dans l’enquête les plus connues (de 90 à 65% des participants) sont celles de Ch. de Gaulle La France a perdu une bataille, mais n’a pas perdu la guerre, de Henri IV Paris vaut bien une messe!, de H. de Balzac À nous deux Paris. Moins de la moitié des communicants ont noté comme connues les citations de Ch. de Gaulle La France ne peut être la France sans la grandeur, Tout homme qui écrit – et qui écrit bien, sert la France; de J. du Bellay France, mère des arts, des armes et des lois ; de M. Aymé Quand Paris se sent morveux, c’est la France toute entière qui se mouche; de A. Daudet En France tout le monde est un peu de Tarascon; de Ch.- L. Montesquieu C’est Paris qui fait les Français. La connaissance et l’utilisation des citations avec un toponyme sont avant tout liées au niveau et à la spécialisation de formation. Ces citations sont principalement connues à des personnes au profile philologique ou juridique.
75 % des communicants ont marqué comme connues mais peu utilisées les périphrases avec un toponyme du genre : l’oeil de Moscou, oncle d’Amérique, crétin des Alpes. Environ 50 % ont noté les enfants de la France, la perfide Albion, la bergère de Domrémy, la pucelle d’Orléans.
Le plus vaste groupe d’unités entrées dans l’enquête est représenté par les expressions figées avec un toponyme ou un toponyme imagé lui-même, comme par exemple : C’est la forêt de Bondy, éprouver une joie de Marsal, arriver comme les pompiers de Nanterre, Pétaouchnok, Eldorado.
Pour 90–95 % des personnes interrogées les plus connues aussi que les plus utilisées sont les expressions bibliques comme cheval de Troie, franchir / passer le Rubicon, tour de Babel, Capharnaüm, Sodome et Gomorrhe, trouver son chemin de Damas, calvaire / la montagne du Calvaire. Ensuite viennent les constructions du type C’est (la vraie) Bérézina! C’est Byzance! Ce n’est pas le Pérou / C’est le (du) Pérou ! C’est Verdun !
Dans le groupe d’expressions bien connues et utilisées sont également entrées celles qui sont fondées sur un événement historique significatif ou liées à des stéréotypes : Coup de Trafalgar, de France et de Navarre, le vase de Soissons, le Grenelle, rencontrer son Waterloo être de Marseille, l’oeil de Moscou, boire/faire en/le Suisse.
Grâce à cette expérience nous avons pu définir les expressions viellies ou peu usitées ce qui, d’ailleurs, n’est pas encore affiché dans les dictionnaires de référence : aller voir le roi de Prusse, travailler pour le roi de Prusse, pas d’argent, pas de Suisses, aller / envoyer à Pampelune. Les faits de ce type témoignent, à notre avis, de la grande mobilité de la toponymie imagée ce qui nécessite la fixation cohérente dans les ouvrages spécialisés.
Il est à noter que le groupe d’experts a confirmé les résultats obtenus dans le groupe des natifs ordinaires. Pourtant nous jugeons cette étape très importante, nous permettant d’avoir des remarques pértinentes sur la signification et l’emploi des unités étudiées.
5. Conclusion
L’esquisse de l’étude présenté dans l’article donné nous a permis de déterminer le degrès de notoriété et la fréquence de l’utilisation des locutions imagées avec un toponyme, d’identifier le rôle de ces unités dans le discours des locuteurs natifs, de préciser les significations actuelles. Les résultats obtenus nous ont donné la possibilité de créer un ouvrage spécialisé dont le titre « Paris vaut bien une messe, ou Pourquoi dit-on comme ça en français » [14]. Dans cet ouvrage du type encyclopédique nous proposons au lecteur un vaste répértoire des locutions toponymiques avec leur traduction / intérprétation en russe et les commentaires étymologique, linguistique et pragmatique. N’étant pas exhaustif, cette étude aussi que l’ouvrage d’en résultant n’est qu’un essai dans le domaine de l’étude expérimentale du discours.


Список литературы

1. Angenot M. Les discours et leurs analystes : remarques sur la diversité des analyses de discours et sur les tâches présentes / M. Angenot // Des analyses de discours. - Québec : CÉLAT, Université Laval, 1989. – pp. 3-10.
2. Thumb A., Marbe K. Experimentelle Untersuchungen űber die psychologischen Grundlagen der sprachlichen Analogiebildung / A.Thumb, K. Marbe. – Leipzig: W. Engelmann, 1978. – 108 p.
3. Kent G.H. A study of association in insanity / G.H. Kent, A.J. Rosanoff // Amer. J. of Psychiatry. – 1910. – Vol. 67, № 2. – P. 317–390.
4. Russel W. A., Jenkins J. J. The complete Minnesota norms for responses to 100 words from the Kent-Rosanoff word association test / W. A. Russel, J. J. Jenkins. – Minneapolis: University of Minnesota, 1954. – 84 p.
5. Charaudeau P. (2009). Dis-moi quel est ton corpus, je te dirai quelle est ta problématique / Charaudeau P. // Corpus. – № 8. – 2009. – pp. 37–66.
6. Weil-Barais, A. (1993), L'homme cognitif / A. Weil-Barais. – Paris, PUF, 2011. – 623 p.
7. Désautels J. & Larochelle M. Étude de la pertinence et de la viabilité d'une stratégie de formation à l'enseignementdes sciences. Rapport de recherche présenté au conseil des recherches en sciences au Canada / Désautels J. & Larochelle M. – Laval, Faculté des sciences de l'éducation, Université Laval, 1994. – 548 p.
8. Flament C. Structure, dynamique et transformation des représentations sociales / C. Flament // Pratiques sociales et représentations. – Paris : PUF, 1994. – pp. 37–57.
9. Negura L. L’analyse de contenu dans l’étude des représentations sociales, SociologieS // Théories et recherches. – 2004. – [Ressource electronique]. URL : http://sociologies.revues.org/993 (date d’accès: 10.01.2016).
10. Moliner P., Deschamps J.-C. (2012) L'identité en psychologie sociale : des processus identitaires aux représentations sociales / P. Moliner, J.-C. Deschamps. – Paris: Armand Colin (Collection Cursus. Série Psychologie, ISSN 1258-2476), 2012. – 215 p.
11. Щерба, Л.В. Языковая система и речевая деятельность: Опыт общей теории лексикографии / Л.В. Щерба. – Л.: Наука, 1974. – 428 с.
12. Залевская, А.А. Психолингвистические исследования. Слово. Текст : избр. тр. / А.А. Залевская. – М. : Гнозис, 2005. – 543 с.
13. Чернобров А.А. О достоинствах и недостатках количественных эмпирических методов в лингвистике (обзор ассоциативных экспериментов с собственными именами за 1993–1999 гг. / А.А. Чернобров // Новосибирский государственный педагогический университет [Электронный ресурс]. URL :http://www.nspu.ru/~applied/OUAL2000/chernobr.htm (дата доступа : 01.01.2016).
14. Кожарина, Т.В. Париж стоит мессы, или Почему так говорят по-французски / Т.В. Кожарина. – Минск : Четыре четверти, 2012. – 106 с.

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